Quatre-vingt carreaux prêts pour la récolte !

Les marais salants
Ce terme désigne un ensemble de bassins de faible profondeur grâce auxquels on achemine l’eau de mer afin d’obtenir, in fine, du sel brut de récolte.
Crées aux alentours du XIe siècle, les marais salants de l’île de Ré ont pu produire jusqu’à 30 000 tonnes (eh oui, trente mille tonnes !) de sel par an lors du XIXème siècle.
A ce jour, ces mêmes marais ne produisent guère plus de 2 500 tonnes… Mais l’engouement pour le naturel et pour Ré pourrait redonner leurs lettres de noblesse à cette production et aux sauniers…
Et si nos ânes-culottes sont tant reconnus, c’est bien par le biais de la saliculture qu’ils le sont. En effet, avant les tractations vapeur, le moyen de transport était soit le cheval, soit l’âne. Or, ce dernier, docile bien que têtu, se prêtait volontiers au transport du sel, mais pour éviter tout problème lié aux moustiques et mouches (présents en abondance au moment de la récolte sur les marais), les « jambes » de nos compagnons étaient protégées par des « culottes », leur évitant ainsi les morsures et piqûres nombreuses des insectes du marais.
Le principe des marais de Ré …
L’eau de mer est conduite, par gravité, lors de marées moyennes et fortes, à travers un réseau étendu de canaux (les cheneaux) jusqu’aux réservoirs appelés « vasais ». Outre son rôle de bassin de décantation, le vasais sert de réserve d’eau lors de l’entretien des marais et de la récolte de sel.
De là, l’eau de mer est acheminée dans une succession de bassins en argile, afin de terminer son parcours dans les « aires saunantes » (petits bassins très peu profonds). L’argile a, en effet, la particularité d’être imperméable et de restituer la chaleur du soleil. Ainsi, en saison estivale, la salinité de l’eau augmente, sous l’action du soleil et du vent, pour atteindre jusqu’à 280 gr par litre. C’est pourquoi, dans les aires saunantes, la saumure obtenue, de couleur variable selon les fonds argileux, mais pouvant être de couleur rouge, permet au sel de cristalliser et de se déposer en fond de bassin.
(Sur cette image, Laurent est en pleine réfection de marais.)
Il est alors récolté par le saunier à l’aide d’un outil de bois doté d’un long manche, le simoussi, et mis en tas au bord de l’aire afin de s’égoutter.
Pour ce qui est de la récolte de fleur de sel, celle-ci se cueille à la surface des aires saunantes, en fin d’après-midi, puis égouttée sur des séchoirs avant d’être collectée, entreposée et enfin commercialisée.
Mais, là encore, les conditions météorologiques particulières se prêtent à cette récolte : un vent sec et un ciel bien ensoleillé.
C’est ici que le savoir-faire du saunier repose donc avant tout sur l’exploitation optimale des conditions météorologiques.
Ainsi, le saunier doit maîtriser les débits et niveaux d’eau en fonction de l’hydrométrie de l’air, du vent et du soleil, favorisant ainsi une bonne évaporation et, par conséquent, une bonne récolte.
